La manufacture de livres, janvier 2025 ; 176 p.
♥
Mon avis :
Depuis que je l’ai terminé, Théorie de la disparition est en train d’infuser en coup de cœur, indéniablement. J’ai adoré l’écriture de Séverine Chevalier.
Ce roman est plutôt court. Non : ce roman est déguisé en roman court. Car dedans on se perd, et aussi on se trouve. A l’intérieur, il est vaste. J’ai pensé à un personnage des Chroniques de Krondor de Raymond Feist, son nom m’échappe, il avait un sac, une humble besace qui pendait à son côté. Mais il t’en sortait tout un tas de trucs dingo, limite un éléphant si tu en avais besoin. Et donc dans ce roman, c’est très vaste. Tu prends la petite pousse frêle d’une graine de lentille qui vient de germer, tu la regardes à la loupe : hop, jungle amazonienne.
Dans Théorie de la disparition il y a des existences, des êtres, des personnes, beaucoup de gens ; c’est lourd de vie, finalement. Il y a une centrale nucléaire, un cimetière, des lèvres, grosses et claires. Et il y a Mylène : c’est la narratrice.
Ah, Mylène. Au début, elle m’a terriblement déconcertée. De même que l’écriture de Séverine Chevalier. Une page bavarde, exigeante, et puis la suivante, concise et étincelante. La lecture parfois est peu fluide. J’ai dû reprendre des passages, les relire – certains car je m’étais perdue, d’autres car ils étaient beaux.
Mylène, bientôt soixante-neuf ans, devenue l’intendante de son écrivain à succès de mari, Mallaury. Mylène, même pas l’ombre d’elle-même : « Pour être tout à fait exacte, je n’ai pas besoin de la présence de mon mari pour n’exister que moyennement. Il est assez fréquent qu’on ne s’aperçoive pas de ma personne ; que pour ainsi dire, je ne compte pas. Je n’en conçois pas d’aigreur particulière […] ».
Aïe.
… Mais un jour, une petite chose advient et un trouble lui nait, presqu’un courant d’air, peut-être plus profond – et c’est comme s’il se propageait en elle, imposant la nécessité de s’interroger. De remettre en question et en relation. De comprendre qui elle est. Et on y va avec Mylène. La construction du roman est formidable, et l’écriture de Séverine Chevalier, et bien, j’ai déjà envie d’y replonger à nouveau. Voilà.
Nota bene : Quand j’ai commencé à suivre Séverine sur instagram @s.quichotte parce que j’aimais son regard et ses textes, je ne savais pas qu’elle était une autrice éditée. Je l’ai découvert à la sortie de Théorie de la disparition. Ensuite, en lisant ce roman, je n’avais pas non plus fait le lien avec la Séverine Chevalier de Recluses, que j’avais beaucoup aimé en 2018. Haha, non mais vraiment, mon cerveau, ce boulet.
Voici donc en bonus track, la fin de mon billet de 2018 sur Recluses (réédité dans la collection de poche des Éditions La Table Ronde, la Petite Vermillon) :
« L’écriture de Séverine Chevalier est tantôt dure, concise, puis soudain elle s’envole. Elle semble avoir émietté l’intrigue aux quatre vents de plusieurs narrations, avant de tout rassembler à la fin, bien serré, pour assommer son lecteur sidéré. La part belle est laissée à l’imagination. Quelques embryons de fausses pistes, des plongées pleines de vertige dans l’âme humaine et des vies cabossées… J’ai pris une grosse claque avec ce roman, je le conseille. »
« Je me demande si elle sait que c’est fragile comme du verre, le silence. »

