Compartiment n°6 – Rosa Liksom (+ un film & une expo)

Hytti nro 6, 2011. Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail. Éditions Gallimard, 2013, 224 p.

★★★★☆☆☆☆☆☆

Mon avis :

Compartiment n°6 raconte, dans les années 1990, un presque huis-clos dans un train qui traverse la Russie, entre une jeune étudiante finlandaise et un ouvrier russe.

J’ai emprunté ce roman à la médiathèque, car j’avais vraiment beaucoup aimé le film qu’il a inspiré, vu à sa sortie en 2021 (il a remporté le Grand Prix du Jury à Cannes). Et bien, une fois n’est pas coutume : le livre est carrément moins bon. Arrivée au tiers de ma lecture, je n’en pouvais plus, zéro attachement pour les personnages, un ennui quasi abyssal, le protagoniste masculin beaucoup trop malaisant, l’ensemble vraiment décousu. De belles descriptions de paysages, mais pour le reste, bien trop d’adjectifs comme posés là pour occuper l’espace, et qui maculent l’atmosphère de triste, voire de sordide.

Les bras n’en finissant plus de me tomber, je me suis demandée si c’était moi qui perdais totalement la boule, ou bien ? Avais-je rêvé ce film d‘une humaine poésie mélancolique et râpeuse ? Deux personnages n’ayant rien en commun mais dont la promiscuité obligée va peu à peu les amener à réaliser qu’ils partagent peut-être autre chose – les silences et les incompréhensions révélant parfois l’étoffe dont nous sommes tissés. Certains motifs s’harmonisent, un voile de tristesse partagé pouvant générer sa propre lumière.

J’ai donc revisionné le film éponyme (de Juho Kuosmanen, avec les formidables Seidi Haarla et Iouri Borissov), je l’ai à nouveau adoré – et j’ai abandonné le roman.


Nota Bene : quelques jours plus tard (mercredi dernier) et sans faire le lien au départ, j’ai visité l’exposition consacrée au peintre finlandais Pekka Halonen, au Petit Palais.

« Formé à Paris où il est l’élève de Paul Gauguin, le peintre finlandais Pekka Halonen (1865-1933) est influencé par les courants artistiques qui infusent la création parisienne à la fin du XIXe siècle : le japonisme, le pleinairisme et le synthétisme. 
À travers ses nombreuses peintures de paysages sauvages, il n’aura de cesse de restituer la poésie du passage des saisons. S’affirmant comme « le peintre de la Neige », il excelle tout particulièrement dans la transcription de l’hiver. Son attachement à sa terre natale et son amour de la nature le poussent à établir son atelier, baptisé Halosenniemi, le long du lac de Tuusula, à 35 km d’Helsinki. Dans ce havre de paix, se crée une communauté d’artistes. […] Cette première monographie française de l’œuvre de Pekka Halonen montrera son apport à la modernité, par sa synthèse entre les différentes tendances picturales de la fin du XIXe siècle. Elle plongera surtout les lecteurs au coeur des somptueux paysages sauvages de Finlande. » (trouvé sur le site du Petit Palais)

Il y a aussi une dimension politique contemporaine à son art, car la Finlande a été rattachée en 1809 à l’Empire Russe sous le statut de Grand Duché, mais en 1899, le tsar Nicolas II a supprimé par décret aux Finlandais leurs libertés. La « russification » de la Finlande durera jusqu’en décembre 1917, date à laquelle elle proclamera son indépendance. Et donc, à l’époque de Pekka Halonen, peindre la Finlande, ses paysages et ses modes de vie, c’est aussi un acte de résistance.

Et moi j’ai mieux compris, grâce à cette exposition, une partie des tensions au début de Compartiment n°6 entre les deux protagonistes. De plus, les paysages finlandais lumineux et enveloppants de silence peints par Pekka Halonen, ses reflets et ses transparences ont formé dans mon esprit un parfait contraste, presque physique, avec la trépidance sombre et urbaine de ceux aperçus à travers les vitres sales du train russe. Sauvagerie sereine contre sauvagerie torturée.


Pour conclure : je vous conseille vivement le film et l’expo ! Mais pour ma part, vous pouvez oublier le roman.

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