Éclaircie – Carys Davies

Clear, 2024. Traduction de l’anglais par David Fauquemberg. Éditions La table Ronde, 28 août 2025 ; 192 p.

Mon avis :

Ce roman m’a émue et enchantée. Il est très beau.

Deux mots sur le contexte historique, important pour l’histoire : nous sommes en 1843 en Écosse. Une époque de bouleversements : d’un côté un schisme vient d’avoir lieu au sein de l’église écossaise, avec la création de l’Église libre d’Écosse. De l’autre, les propriétaires terriens ont décidé d’exproprier tous leurs petits métayers (« Highland Clearances »), pour mettre à la place des moutons et avoir « enfin » des terres « non encombrées par les masures délabrées de petits locataires démunis et peu fiables, dont le labeur assurait tout juste la subsistance, sans dégager aucun profit, ce qui n’avait plus aucun sens. »

John Ferguson est un de ces pasteurs rebelles, et son épouse Mary (tout à fait une héroïne à la Tracy Chevalier, intelligente, volontaire, sympathique) et lui sont dans une situation financière très difficile (le temps que les congrégations se mettent en place, il n’y a aucun moyen de rémunérer les pasteurs). John en est réduit à accepter un emploi de factotum pour un landlord : il va devoir se rendre dans une île totalement isolée au large des Shetlands, pour signifier à son unique habitant qu’il est expulsé.

Le roman commence à peu près là, avec John voguant vers l’île depuis Aberdeen, Mary à ras de se ronger les sangs à Edimbourg, et sur l’île Ivar, géant peu aimable blond et barbu qui parle une langue en voie de disparition à son poney Pegi et survit seul avec le souvenir des absents et du passé, entre deux ouragans.

De la rencontre entre ces deux hommes naît le nouveau roman choral de Carys Davies. Deux conceptions du monde, deux existences. La plume de l’autrice incarne avec une même délicate intensité la nature âpre, sauvage, et l’impalpable des liens qui se tissent entre les êtres. Sa prose est inspirée, subtile et vraiment attachante. Je n’en divulguerai pas plus. Ce superbe roman sort aujourd’hui.

« D’autres termes étaient plus ardus, tant il en existait pour désigner les moindres variations du climat et du vent, du comportement de la mer aussi, qui semblaient parfaitement distinctes aux yeux d’Ivar mais que John Ferguson peinait à définir avec certitude ou qui le laissaient tout bonnement perplexe – des mots tels que gilgal et skreul, pulter et yog, fester et dreetslengi, qui semblaient tous avoir un sens précis et bien particulier […] ; autant de termes qu’avec un léger sentiment de défaite, il traduisait collectivement par « une mer agitée ». »


Autre roman de l’autrice sur le blog : West

  8 comments for “Éclaircie – Carys Davies

  1. Avatar de Cath L
    29 août 2025 à 7 h 31 min

    J’ai beaucoup aimé West et Le voyage d’Hilary Byrd. Cette autrice est décidément à suivre !

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  2. Avatar de Ingannmic
    29 août 2025 à 14 h 41 min

    Comme Kathel, j’ai beaucoup aimé Le voyage de Hilary Byrd, lu récemment, et qui devrait te plaire aussi. Je compte bien lire ce dernier titre de l’auteure !

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  3. Avatar de je lis je blogue
    je lis je blogue
    11 octobre 2025 à 8 h 49 min

    Bonjour. Je suis arrivée sur ce blog grâce à Cath L. J’ai découvert Carys Davies avec Le voyage de Hilary, un coup de cœur. J’ai bien sûr continué avec Eclaircie et je n’ai pas été déçue bien au contraire (re coup de cœur!). J’attends le prochain avec impatience.

    Aimé par 1 personne

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