L’obscur – John McGahern

The dark, 1965. Traduit de l’anglais (Irlande) par Alain Delahaye. Première publication en français dans la même traduction : Presses de la renaissance, 1990 ; réédité chez Sabine Wespieser Éditeur en 2022 ; 260 p.

★★★★★★★★★☆

Mon avis :

Ouest de l’Irlande, dans la ruralité des années 40. La femme de Mahoney est morte et il élève seul ses nombreux enfants. Le roman s’ouvre sur une correction qu’il va infliger à son ainé, pour une broutille. Mahoney est soupe au lait, violent, voir abusif. L’écriture de John McGahern m’a impressionnée. Tantôt sobre voire rêche et réaliste, soudain elle décolle, d’une intensité vibrante, au plus près des émotions et des ressentis.

Où ce roman aurait pu n’être que le récit de la haine d’un fils pour son père et ses combats pour s’émanciper, John McGahern construit avec L’obscur un récit d’apprentissage nuancé et poignant, à charge d’une société conservatrice où tout est verrouillé par la religion. L’enfant du début, qui s’est rebellé contre le père, a grandi. Le narrateur est un élève brillant, extrêmement travailleur, aux prises avec les aspirations charnelles de son corps adolescent et torturé par ce qu’en dit la morale religieuse. Un choix le hante : la prêtrise ou les études ; s’assurer une bonne place après sa mort pour le jugement dernier (bonjour la vie), ou bien avoir le bonheur de fonder une famille. Mais si tout capotait et s’il ratait l’examen, la bourse, s’il ne valait rien, si le futur n’était fait que de regrets ?

J’ai été marquée par le style de John McGahern dans L’obscur : le roman est rythmé par des changements de focalisation, la narration passant du « je » au « tu » au « il », ce qui induit des cassures dans le rythme et un questionnement : mais qui parle ? C’est original, maitrisé, et permet d’incarner vraiment les tensions psychologiques de ce jeune homme, le récit passant de l’intime, au jugement, à une distanciation parfois plus radicale. Il est constamment balloté : devenir prêtre ou non, faire des études ou non, partir ou rester, détester son père, sa vie, le monde, ou essayer de les comprendre, ou peut-être de faire avec.

Je ne sais pas si j’ai rendu grâce à ce roman avec ces quelques mots, mais je vous en conseille la lecture !

« Paru en Irlande en 1965, L’Obscur (The Dark) fut l’objet d’un énorme scandale. McGahern, alors enseignant, fut mis à pied et contraint à l’exil. Aujourd’hui, on enseigne sa prose dans les écoles irlandaises comme un symbole de la libéralisation des mœurs et de l’affranchissement de la morale catholique. » (Présentation éditeur)


En 2016, je lui avais consacré une fiche auteur pour mes « Mémoires de porcelaine » (l’année de mes 20 ans de passion irlandaise haha). Je vous mets le lien par ici (c’est artisanal ^^). Puis en 2023, pour mes Mémoires d’acajou, j’avais prévu de recommencer à le lire… c’est désormais chose faite, et j’ai d’ailleurs bien envie de continuer par son roman Pour qu’ils soient face au soleil levant, réédité en 2023 chez Sabine Wespieser.
-> ce billet inaugure donc une reprise de ces Mémoires des 27 ans, parce que le projet me plaisait, alors pourquoi pas le faire durer indéfiniment ?! Voici le lien vers le billet récapitulatif.

  2 comments for “L’obscur – John McGahern

  1. Avatar de anne7500
    19 septembre 2025 à 11 h 55 min

    J’ai lu « Entre toutes les femmes », l’histoire d’un père de famille irlandais traditionnel, qui tient sa femme et ses filles sous emprise. Le fils qui s’est rebellé est parti et ne revient plus. C’était assez terrible mais tellement bien mené que j’ai envie de lire tous les romans de John McGahern !

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