La Montagne Fantôme – Rónán Hession

Ghost Mountain, 2024. Traduit de l’anglais (Irlande) par Charles Roux. Éditions Les grands Vents, 2026, janvier 2026 ; 357 p.

★★★★★★★★★☆

Mon avis :

Le quotidien est SI anxiogène, même de proximité, il est plus important que jamais de se recentrer sur ce qui nous procure de la joie – si on ne veut pas totalement s’effondrer et donc ne plus servir à rien pour faire contrepoids à cette folie généralisée et contaminante.
Lire et écrire = inépuisables source de bonheur, et ce matin heureusement j’ai eu la possibilité de me jeter dedans à cœur perdu.

J’ai donc repris mon carnet de notes, et essayé de faire tenir ensemble mes souvenirs de La Montagne Fantôme, de l’irlandais Ronan Hession (Un immense merci aux Éditions Les Grands Vents pour la découverte de cet auteur – et pour avoir gardé le visuel de couverture absolument sublime de la VO, réalisé par le peintre Tom Climent, basé à Cork).

Un jour, sur les terres d’un petit patelin perdu dans la campagne, une montagne surgit. « La seule chose qu’on savait, c’était qu’elle était apparue hier ». Comment chacun va s’emparer de cette information, et comment cela va finalement impacter et modifier la vie de tous, c’est un peu la toile de fond de ce roman. Je dis « un peu », car il est construit en trois parties, et chacune a sa tonalité propre. Ce qui a commencé comme joyeusement absurde et franchement drôle va se lester, dès la fin de la première partie, d’enchevêtrements plus sombres et dramatiques.

Première partie donc, on découvre les habitants du village : la découvreuse de la Montagne et son chien, Ruth et Ocho, l’ivrogne du village, le greffier aux cartes, le boucher. Comment nait une rumeur ? A-t-elle besoin d’être vraie pour exister ? Et si c’est vraiment vrai, comment chacun va-t-il réagir ? Certains y verront une arnaque, ou la source enfin identifiée de tous leurs problèmes, tandis que d’autres crieront au miracle, voire en saisiront une réponse à leurs interrogations les plus intimes.

J’ai trouvé le style de Ronan Hession unique : il distille avec férocité humour et fulgurances de génie dans la banalité du quotidien, mais c’est presque comme si (en tous cas au début), c’était déguisé en album pour enfant, dans l’ingénuité des scènes et les répétitions périodiques. C’est très visuel, allègre, intelligent dans tout ce que cela soulève comme mécanismes, ressorts et faux-semblants de la société et des gens.

Comme je le disais plus haut, ensuite le ton change. Chaque partie se situe toujours aux environs de la Montagne Fantôme, avec les même personnages – ou leur souvenir -, mais plus tard dans le temps que la précédente. Le roman devient plus acéré, plus sombre, plus profond aussi, un peu comme si l’album pour enfant avait pris des rides de conte un petit peu cruel, puis en dernier lieu n’arrivait pas à se décider entre nouvelle gothique et roman grattant les vases de l’âme humaine.

Donc peut-être chaque partie traiterait en fait d’une période de la vie humaine, dans ce que chacune découle de l’autre tandis que certains événements peuvent tout redéfinir ? Ou bien ce roman illustrerait par exemple, comment chacun et tous nous nous trimballons, d’une génération à l’autre, le poids d’un passé dont on n’a même pas conscience. Comment un élément (physique ou non, parfois même né de rien), peut façonner aussi bien que détruire. Comme les incompréhensions gangrènent, et les attachements subliment – ou l’inverse.

La Montagne Fantôme a été une lecture originale et plutôt marquante. Ce livre est barge. Certains passages m’ont laissée dubitative (pour exemple, la note que j’ai prise sur la 2è partie « elle m’a semblée trop cuite dehors et crue dedans » (mdr les notes prises au fil de la lecture vraiment), mais j’en ai adoré bien d’autres ! (là au débotté je pense à un passage sur les différents types de deuil, pages 153 à 155 – si touchant). Il y a de très très belles choses dans ce roman.
En tous cas, le talent certain de Ronan Hession me fera guetter son prochain livre avec intérêt (J’ai vu que Leonard and Hungry Paul, son premier roman, sera prochainement publié en français, à nouveau aux éditions Les Grands Vents !)

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