Ce qui nous frôle sous la surface – Colum McCann

Twist, 2025. Traduit de l’anglais (Irlande) par Clément Baude. Éditions Belfond, août 2026 ; 320 p.

★★★★★★★☆☆☆

Mon avis :

Des dizaines de milliers de kms de câbles sont posés au fond des océans – sans eux, internet n’existerait même pas. En leur cœur, de la fibre optique, long fil de verre d’une épaisseur de deux cheveux, où transitent des 1 et des 0, presque à la vitesse de la lumière – tout au fond des abysses, dans le noir.

Des bateaux réparent ces câbles lorsqu’ils sont endommagés. Des équipes, des humains. Dans l’urgence et la technicité, par vents et marées. Il faut localiser le câble et l’endroit de la rupture, s’y rendre, réussir à le trouver tout au fond pour l’attraper et le remonter, puis le réparer.  

2019. Anthony Fennell, irlandais de Dublin et romancier en manque d’inspiration, alcoolique à ses heures et pas mal paumé dans son existence, est missionné en Afrique du Sud pour écrire un article sur l’une de ces réparations. Il rejoint Le Cap, où il rencontre John Conway, le chef de mission du navire Georges Lecointe. John Conway est ingénieur et apnéiste, irlandais aussi, mais du nord, de l’île de Rathlin. Sa femme, Zanele, charismatique, actrice et mannequin, part bientôt pour Londres jouer En attendant Godot de Beckett. Elle en lit une dimension écologique, et c’est ainsi qu’elle veut la jouer.

C’est toujours un très grand plaisir de se plonger dans l’écriture de Colum McCann. Ce roman est lui aussi profondément humaniste. Il oscille entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, le palpable et l’impalpable, ce qui fut et ce qui devient, le dedans et le dehors ; le cassé et ce qu’on peut réparer.

Fennell raconte. Fennell suit, questionne et s’interroge, creuse et projette. Conway agit. Zanele joue, au loin.

Le fil rouge de Tout ce qui nous frôle sous la surface ne rompt pas, lui, mais je l’ai trouvé distendu, à mesure de ma lecture. Il y a de gros déséquilibres. Colum McCann a peut-être voulu mettre trop de choses dans ce roman, tout est très intéressant, percutant, éclairé et intelligent, mais il y en a trop justement. Résultat on a plein de pistes à peine survolées, ou qui n’aboutissent pas et nous laissent en plan. Des épisodes sortent un peu du chapeau, des personnages ne sont pas creusés. La narration hésite entre roman et documentaire. Certains sauts dans le temps m’ont déçue. Et puis pardon, mais les nombreuses prolepses du récit ont par moment carrément gâché ma lecture. Je dramatise, mais la première, page 46, m’a vraiment éjectée de l’intrigue. Si c’était fait exprès, ce qui est possible, je n’ai pas du tout adhéré.

Je chouine, je chouine, mais le roman m’a néanmoins bien plu dans son ensemble, et surtout, ce qui nous frôle dedans justement, est très précieux : rien n’est figé, on peut changer de regard, on peut changer la donne. L’humain avant tout.

« La maladie de notre époque, c’est qu’on passe trop de temps à la surface. »

Bon et sinon, pour le sourire, une citation p. 106 : « Il est tombé amoureux d’une fille, à Brest. »


Colum McCann sur le blog : Apeirogon / Lettres à un jeune auteur / Une rencontre à la libraire Millepages en 2016
+ La « fiche auteur » que je lui ai consacré il y a 11 ans (la première de cette petite série : le blog avait 2 jours ! Pour vous dire mon degré de vénération pour cet auteur 🙂 Alors bon, la présentation est plutôt toute moche et les quelques avis minimalistement tartignoles héhé. Mais c’est plutôt mignon quand même (j’avais une passion pour la relecture quand j’étais plus jeune).  

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