Bouquet d’avis #14 : juin & juillet 2026

Bonjour à toutes et à tous ! J’espère que vous passez un bel été 😊
Le blog aujourd’hui a onze ans !
Pour fêter ça, je me suis dit que 1. il était temps de publier quelque chose
et 2. que j’allais me mettre un peu à jour sur tous les bouts de chroniques publiés ces derniers temps sur Babelio, mais pas ici.
J’ai encore quelques lectures non chroniquées, mais voici déjà six livres lus récemment :
(et bientôt des petits billets de vacances, pour l’évasion, on en a bien besoin)


  • Jeune fille à l’ouvrage – Yoko Ogawa (nouvelles, Japon)
  • Frénésies – Stéphanie Vovor (poésie, France)
  • Un hôtel étrange – Eimear McBride (roman, Irlande)
  • Au prochain arrêt – Hiro Arikawa (roman, Japon)
  • La stratégie du lézard (Soneri, tome 9) – Valerio Varesi (roman policier, Italie)
  • Assistant to the Villain (The Villain, t. 1) – Hannah Nicole Maehrer (fantasy young adult, Royaume-Uni)

• Jeune fille à l’ouvrage – Yôko Ogawa

Shishū suru shōjo, 1996. Traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle. Actes Sud, 2016 ; 224 p. – réédité en poche chez Babel, 2019

★★★★★★☆☆☆☆

Mon avis :

La lecture de ce recueil de nouvelles ne m’a pas laissée indifférente, loin de là ! Je l’ai refermé très mitigée. D’un quotidien banal, le fil de la narration glisse ou parfois hoquette dans le mystère, voire un fantastique subtil ou illusoire, on ne sait pas trop. C’est délicat, même un peu éthéré, mélancolique ou nostalgique, et soudain : la plume jaillit ou sombre en spasmes organiques, voire carrément morbides : ça m’a surpris, dérangée, et parfois mis très mal à l’aise.

Et puis j’ai pensé à Princesse Mononoke (que j’adore) – si comme moi vous avez failli vomir (à chaque visionnage) quand les esprits sangliers gigantesques chargent, tout recouverts de vers grouillants… voilà un peu le genre d’inconfort que l’on retrouve dans ces pages-ci, hahahaha.

C’est comme si les textes de Yôko Ogawa (et Miyazaki dans ce genre de scènes) parlaient directement au corps, et non à l’esprit : l’étrangeté, le malaise, la peur deviennent viscérales, le monde – est-il bien le nôtre ? – peut basculer, la société, notre entourage, nous-même ? Brrr. Et pourtant, la mort a beau rôder en sourdine, les liens sont toujours là, que l’on tisse, que l’on peut tisser, humains, objets, animaux, des liens qui font sens et peuvent éclairer le chemin et la vie.

Il y a donc beaucoup de talent dans ces nouvelles – mais de là à savoir si c’est le genre de chose que j’ai envie de lire ?! Héhé. Je retenterai cette autrice avec son « Cristallisations secrètes », que l’on m’a conseillé (et un vomito bag, des fois que :P), et je vous dirai !


Frénésies – Stéphanie Vovor

Le Castor Astral, 2023 ; 136 p.

★★★★★★★★☆☆

Mon avis :

Il y a une énergie dans ces mots, qui fait bouillonner l’espace entre les lignes.

Je n’ai pas accroché à tout, mais certains passages, souvent en prose, m’ont agrippée, parfois longtemps.

Stéphanie Vovor met l’ordinaire en poésie, le quotidien banal, l’open space, grandir en banlieue. L’attente, l’ennui. Devenir quelqu’un à ses yeux.

« Il y a une zone dans la rétine, où il n’existe pas de cellules photoréceptrices, c’est une zone où l’on ne voit pas : on l’appelle la tache aveugle, ou encore la tache de Mariotte, du nom de son découvreur.
C’est une absence absolue de sensation visuelle, un trou noir optique.
Une lacune, cachée au beau milieu d’un chef-d’œuvre de capteurs.
Je l’ignore, et pour toujours ce sera un secret, mais si je pouvais l’inventer il me semblerait qu’à l’endroit précis de la tache aveugle, il y a mon attente. »


• Un hôtel étrange – Eimear McBride

Strange Hotel, 2020. Traduit par Laetitia Devaux. Éditions Globe, 2024 ; 176 p.

★★★★☆☆☆☆☆☆

Mon avis :

Un roman court, et pourtant je ne suis pas arrivée au bout. Il est écrit dans un flux de conscience que j’ai trouvé assez rapidement claustrophobique : je me suis ressentie mal à l’aise dans la tête de cette femme. Elle approche de la cinquantaine, elle passe d’hôtel en hôtel on ne sait pas pourquoi, elle semble fuir ses souvenirs, un traumatisme ? Une rupture, un deuil ? Elle essaye de ne pas boire, échoue, elle essaye de ne pas avoir d’affaires de sexe sans lendemain avec des hommes de passage, échoue aussi plus ou moins, tout cela semble-t-il pour ne pas penser à son passé car il la dévorerait crue et sanguinolente, ou bien justement essaye-t-elle de réussir à y penser ? Ajoutez à cela zéro contexte, vers la moitié du livre j’ai trouvé ma lecture juste désagréable et j’en ai eu assez.

A la sortie des deux premiers romans de Eimear McBride, j’avais également tenté l’expérience, et je n’en ai terminé aucun des deux. Le premier, Une fille est une chose à demi car je n’y comprenais rien – écriture expérimentale, peut-être intraduisible ? Le second, Les saltimbanques ordinaires, est un flot de conscience intense et maîtrisé, mais j’avais trouvé le propos accumulé trop cash pour moi. Ici, l’écriture n’a absolument rien à voir, les phrases sont alambiquées et le style manque de constance. Peut-être Eimear McBride construit-elle son œuvre en réalisant une alchimie de sa voix et de la maturité de ses héroïnes ? Peut-être Un hôtel étrange est-il en fait une sorte de suite aux Saltimbanques ordinaires ? Qu’importe, tout cela sera sans moi, haha.


• Au prochain arrêt – Hiro Arikawa

Hankyū Densha, 2008. Traduit du japonais par Sophie Rèfle. Éditions Actes Sud, 2021 – réédition en poche chez Babel, 2024 ; 192 p.

★★★★★★★☆☆☆

Mon avis :

Au prochain arrêt est un roman qui rend hommage à la ligne de chemin de fer Imazu, qui relie deux villes entre Kobe à Osaka. L’autrice a imaginé un chapitre par arrêt, d’un terminus à l’autre, aller puis retour – au printemps puis en automne. Huit arrêts, seize chapitres. On découvre des personnages, que l’on va parfois retrouver à un autre chapitre. Tranches de vies croisées, regards différents – importance du regard de l’autre dans la culture japonaise. Au prochain arrêt est un roman choral qui se construit doucement, dépaysant, souvent touchant. J’ai trouvé chouette de suivre ces histoires. C’est un roman sympa.


• La stratégie du lézard (Soneri, tome 9) – Valerio Varesi

Il commissario Soneri e la strategia della lucertola (2014). Traduit de l’italien par Florence Rigollet. Agullo Éditions, 2024 ; 389 p. – réédité en poche aux Éditions Points, 2025

★★★★★★☆☆☆☆

Mon avis :

J’ai été assez déçue par le cru 2024 des enquêtes policières de Valerio Varesi. L’histoire de La stratégie du lézard est prétexte à des réflexions souvent affûtées, enflammées et pertinentes sur l’actualité italienne et notre époque, mais j’ai trouvé que l’ensemble tournait pas mal en rond, avec une trame d’enquête assez embrouillée, et (l’habituellement formidable commissaire) Soneri qui ne faisait vraiment que se plaindre… limite on aurait vraiment dit un vieux réac’. M’enfin ?! Allez, au suivant.

Les autres romans de Valerio Varesi sur le blog (cliquez sur les titres pour accéder aux billets :
Le fleuve des brumes / Les ombres de Montelupo & Ce n’est qu’un début, commissaire Soneri


• Assistant to the Villain (The Villain, tome 1) – Hannah Nicole Maehrer

Assistant to the villain, 2023. Traduit par Agnès Espenan. Calix Éditions, 2024 ; 384 p.

★★★★★★★★★☆

Mon avis :

Je me suis régalée avec le tome 1 de cette série de fantasy jeune adulte plutôt inclassable, blindée d’humour et d’énergie. Il ne faut pas y chercher trop de cohérence, il faut juste se laisser porter par la fraîcheur et l’originalité de l’histoire !

Evie est en galère : elle a la charge de son père gravement malade et de sa petite sœur, et elle vient de perdre son travail. Aussi, lorsqu’elle croise en pleine forêt le chemin du plus grand méchant du Royaume de Rennedawn, et que pour une obscure raison il lui propose un emploi… elle accepte ; et devient son assistante. Le « Vilain » vit dans un manoir délabré au cœur de la plus sombre forêt, embauche des tas de stagiaires, emploie un dresseur de créatures fantastiques qui ne cesse de se faire blesser par le jeune dragon dont il a la charge, sa guérisseuse s’habille en rose et monnaye ses soins par des secrets, et lui ne cesse de couper des têtes et de concevoir les plans les plus machiavéliques pour transformer la vie du Roi Benedict en cauchemar.

Evie est une des héroïnes les plus attachantes qui soit. Elle est solaire, pince sans rire, intelligente et débordante d’énergie. Et l’autrice arrive à nous la garder irrésistible de bout en bout, elle n’en fait jamais trop. Je ne compte plus le nombre d’éclats de rire qui m’ont happée pendant ma lecture ! Ce n’est pas si souvent, vraiment. Bon point aussi, personnellement, pour la relation entre le Vilain et Evie, qui prend le chemin d’une attirance, mais sans jamais lasser. Le Vilain aussi est top : l’image même du type qui rit quand il se brûle et pour qui toute bonne humeur ambiante ressemble à la pire obscénité ! Avec Evie dans son équipe, il n’est pas au bout des sueurs froides, haha.

Une enquête, des plans, des rebondissements, beaucoup d’humour, on ne s’ennuie pas une seconde pendant ces presque 500 pages. A peine terminé, j’ai immédiatement commencé le tome 2 – c’est vous dire comme j’ai apprécié cette lecture (merci à ma fille pour la recommandation ^^)

  1 comment for “Bouquet d’avis #14 : juin & juillet 2026

  1. Avatar de Antigone
    10 août 2026 à 20 h 04 min

    Bon blog anniversaire ! 🎂🥂

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