Snow, 2020. Traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch. Éditions Robert Laffont, 2022 ; réédition en Pavillons poche, 2024, 368 p.
★★★★★★★☆☆☆
Mon avis :
Irlande, 1957. Le cadavre d’un prêtre est découvert dans la bibliothèque de Ballyglass House, une grande demeure du comté de Wexford. Le prêtre était catholique, la famille vivant dans le manoir est protestante. Le prêtre a été semble-t-il égorgé puis émasculé… scandale en perspective, voire pire. Le detective inspector Saint John Strafford est dépêché sur les lieux depuis Dublin, pour enquêter. Il est lui aussi protestant, il a grandi pas si loin de Ballyglass House.
C’est un roman policier qui prend son temps, un roman d’atmosphère, ça m’a beaucoup plu. Les lieux, les gens, le silence méfiant d’un regard en coin ou craquant de la neige, les non-dits, les secrets : on y est jusqu’au cou avec Strafford. John Banville installe une scène d’ouverture à la Agatha Christie, pour ensuite nous immiscer dans un bout d’Irlande figé par la neige et le froid, dans l’îlot fantomatique d’un monde finissant, mais que quelques individus croient encore vivant, car ils y respirent. Qu’ils y survivent. Tous les gens qu’on croise pourraient être coupables, ou bien aucun. Ils ont tous un passif, un grain, un mystère, même ceux qui n’en ont pas, en ont l’air ; ou bien pourraient bien habilement le cacher. Il y a des corridors sombres, des pentes enneigées dans des bois inquiétants. Et on patauge, on observe, on spécule ; le malaise grandit.
J’ai bien aimé Strafford. Le personnage est original, ce flic qui n’y ressemble pas, costume trois pièces et accent « de la haute », qui n’aime pas l’alcool (et c’est bien souvent un handicap dans son métiier, haha), avec un prénom qui fait ricaner (Saint John se prononce Sinjun), et tout le monde qui oublie le R dans son patronyme. Le type est plutôt perdu dans son existence, mais dans le genre évaporé. D’ailleurs, enquête-t-il vraiment ?
J’ai vraiment bien aimé ce roman. SAUF la fin, pour laquelle j’émets un sérieux bémol : elle est grosso modo sans surprise, mais ça c’est juste décevant. En revanche, on est soumis à un passage en forme de « souvenirs / confession », qui n’avait absolument pas à être aussi détaillé. Quasi carton rouge pour ça, personnellement.
J’ai donc refermé le roman mitigée.
NB : Jusqu’ici (enfin, de ce que j’en sais), John Banville écrivait ses romans policiers sous le pseudonyme de Benjamin Black : j’ai lu le tome 1 (Les disparus de Dublin) de sa série autour du formidable médecin légiste Quirke – il faut d’ailleurs que je pense à la poursuivre. Et donc, j’ai été surprise de le voir publier un nouveau policier sous son vrai nom 🙂
John Banville et sa plume virtuose, aussi sur le blog : La mer / Infinis / Le monde d’or (je réalise que pour celui-ci, mon avis est seulement sur Babelio, il faut que je pense à le publier par ici ^^)
Et pour retrouver mes autres Mémoires d’acajou, c’est ici


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